Intelligence psychocorporelle
Laisser aller, laisser venir : Les poumons, l'ego et notre capacité à être ouvert à la vie
Par Ulrich FreitagDans notre vie, nous tenons physiquement un certain nombre de choses. Un ouvrier utilise des outils ; un jardinier, un sarcloir ; un joueur de tennis, une raquette. Tout va bien tant que nous ne nous étirons pas de muscles et que nous savons quand lâcher prise. Les méridiens Poumon et Gros Intestin, qui représentent l'élément Métal, traversent les muscles des mains, des bras et des épaules qui se contractent pour tenir les objets ou s'y agripper et se détendent pour les lâcher. Les Poumons et le Gros Intestin ont comme fonction de base essentielle de trouver la force, tenir et laisser aller ce dont on n'a plus besoin.
Dans certaines circonstances, la vie nous demande ou nous oblige à tenir plus longtemps que nous ne l'aurions aimé, mais le plus souvent nous persistons, par ambition ou par fierté. Nous travaillons longtemps pour avoir une nouvelle voiture, un meilleur système de son, quelque chose de plus grand, ou qui va plus vite. Quand nous négligeons les messages de notre corps, nous avons tendance à développer des problèmes physiques.
Un exemple simple : nos muscles se crispent quand nous tenons quelque chose trop longtemps. Nous pouvons commencer à sentir une douleur dans les bras et les épaules, les muscles peuvent alors enfler et devenir chauds et nous pouvons même développer une tendinite. Les points de Poumon et du Gros Intestin sur les bras peuvent être très douloureux. Les déséquilibres associés traditionnellement à ces méridiens sont : membres froids, paumes chaudes, difficulté à respirer et congestion dans la poitrine, sueur excessive, mal dans le haut du dos, mal à la gorge et fatigue.
La vie ou le respect de soi peut conduire à un certain type de tension, par exemple, pour garder un emploi, mener à terme un projet, respecter une promesse, être fidèle à une philosophie. Nous pouvons conserver trop longtemps un certain idéal ou certains objectifs, de la même façon que nous tenons trop longtemps un outil. On peut tenir une raquette de tennis trop longtemps ou trop fermement jusqu'à avoir une épicondylite. Nous pouvons de la même manière tenir à un style de vie et à un idéal jusqu'à être endetté, vivre une séparation impardonnable, ou souffrir physiquement.
La vraie question est : « qu'est ce qui nous pousse à nous accrocher ainsi ? ». Pour trouver la réponse, nous devons regarder avec attention notre personnalité ou ego. Notre personnalité, avec tous ses conditionnements et ses désirs, est une partie du conscient et de l'inconscient collectif émanant de nos parents, de nos professeurs, de la télévision, de la religion… Notre personnalité est juste la coquille, et non pas ce que nous sommes réellement. Réaliser ceci est le début de la prise de conscience. L'équilibre de l'élément Métal, ou des aspects de notre psyché qui y sont reliés (appelés P'o), est l'ouverture et le non-attachement. Ceci commence quand on accepte de regarder les choses en face, y compris nos conditionnements, nos attitudes et nos défenses telles qu'elles sont. C'est un art de ne pas les rejeter, de leur faire face et de les sentir. Cette acceptation amène le respect de soi et ouvre la porte vers ce que nous sommes réellement.
Le problème est que nos idéaux personnels et collectifs sur ce que nous devrions être est souvent en profonde contradiction avec notre réalité intérieure. Ce conflit peut se refléter par des tensions et des douleurs dans les bras et les mains, ainsi que par de la fatigue et un engourdissement émotionnel. Voyons quelques exemples.
Nous devons être heureux et gentils. Quand nous sommes tristes et en colère, nous le cachons. Nous devons être indépendants, forts et calmes alors nous cachons nos besoins, notre vulnérabilité et notre dépendance. Nous cachons de même nos pulsions sexuelles, parce qu'enfant nous avons appris que c'est sale et animal. Notre spontanéité et notre créativité peuvent avoir aussi été bloquées par les règlements institués par les parents et par l'école afin que nous devenions des membres contrôlés et utilisables, de la main d'œuvre.
La génération Nouvel Age a son propre discours pour nous conditionner avec des idéaux tels que : être ouverts, méditer, comprendre, être inconditionnel. On apprend alors à cacher qu'on est inquiet, fermé ou juste fâché. On réprime les sentiments de jalousie, d'amertume pour des idéaux d'acceptation, de compassion et d'amour.
Si nous restons accrochés à nos idéaux et que nous ne permettons pas à nos véritables sentiments de s'exprimer, nous nous sentons étouffés, paralysés, engourdis, isolés, fatigués, morts, anxieux ou on peut tout simplement tomber malade. Comme il y a répression émotionnelle, nous devenons critiques et sarcastiques, blâmant et condamnant les autres aussi bien que nous-mêmes. Nous sommes en lutte intérieurement et extérieurement. Grâce à la rationalisation, on peut se sentir « au-dessus de tout ça », mais en réalité, les trous noirs de notre psyché s'élargissent, laissant notre enfant intérieur, avec ses sensations et ses désirs profonds, complètement affamé.
Une des plus grandes illusions que nous puissions avoir est de penser que nous sommes toujours conscients, accueillants et avec l'esprit ouvert. Cependant, l'ouverture est la clé. Cela ne signifie pas adopter une attitude stoïque ou une réserve émotionnelle, mais plutôt accepter notre ego et nos désirs, nos idéaux et nos liens. (1)
Une attitude stoïque, qui reflète « une fierté défensive » et empêche l'ouverture, est souvent associée à des tensions le long des méridiens du Poumon et du Gros Intestin. L'acceptation est le premier pas effectif vers l'alchimie de la transformation. Être à l'écoute des fonctions et des réponses du corps nous aide à induire un réel changement d'énergie vers l'ouverture. Arrêtez-vous simplement, asseyez-vous, sentez les blocages dans votre poitrine et votre ventre et prenez le temps de respirer. Respirez dans les endroits qui sont tendus et touchez les points qui sont reliés à ces endroits en vous fiant aux mouvements spontanés du corps et en permettant toute manifestation de douleur. En laissant sortir la pression et en se permettant de sentir les émotions de peine – tels que le chagrin, la tristesse et l'anxiété – nous pouvons avoir la sensation de renaître et de s'ouvrir à nouveau. Ce mouvement énergétique libère le Shen et nous met en contact avec nos vrais besoins intérieurs, ainsi nous pouvons être ce que nous sommes réellement.
Les mystérieux pouvoirs du Métal (ou P'o) redonnent toute la valeur de la lumière – la lumière de la conscience, qui est aussi la lumière de notre corps et de notre esprit. Comme on le sait, la lumière est l'antidote de la noirceur ainsi que de la peur qui ferme notre cœur. Les Taoïstes disent : « Si la respiration est légère, le cœur est léger… Le cœur ne peut être influencé directement. Alors l'énergie de la respiration est utilisée comme un outil… ». (2)
Les mécanismes de défense induisent habituellement une limitation inconsciente de la respiration ainsi que le resserrement des muscles impliqués le long des méridiens des Poumons et Gros Intestin, sur les mains, les bras, les épaules, le cou, la poitrine et le ventre.
(1) Teeguarden, Iona Marsaa, The Joy of Feeling : Bodymind Acupressure, Japan Publications, Inc., Tokyo et New York, p.69
(2) William, Richard, traduction de "The secret of the Golden Flower", 1931, 1962, Harcourt, Brace et World, Inc., N.Y., p.41
L'intelligence du coeur et le toucher
Par Ulrich FreitagAu cours de cette série d'articles, j'aimerais vous faire découvrir et des différentes compréhensions de la Thérapie psychocorporelle et énergétique (TPCE). Voici l'un des thèmes des plus près de mon coeur : celui de l'intelligence du coeur et du toucher.
Le coeur joue un rôle central dans notre vie et malgré tout, nos coeurs sont malades. Environ 41% de la population canadienne -tant hommes que femmes- meure des maladies du coeur. Toutes les 27 minutes au Québec, un décès est relié à une maladie du coeur.
Et pourquoi ? Parce que nous n'avons pas encore développé une conscience du coeur. Le problème individuel est au fond un problème de notre inconscience collective. Quarante pour cent de la population meure et combien d'heures d'enseignement autour du coeur avons-nous reçu à l'école, au collège ou à l'université ? Très peu, sinon aucune. Dans le monde médical et scientifique, on refuse encore de voir le lien entre le coeur physique et le coeur émotionnel. Et pourtant cela semble si évident! En 1997, dans « The National Library of Medicine » aux États-Unis, seulement deux articles sur plus de 9 millions d'articles et d'études, décrivent la relation entre l'amour et la maladie de coeur ! Trop souvent dans notre société rationnelle et scientifique ces qualités féminines, intuitives et innocentes du coeur, sont encore rejetées, jugées, négligées ou simplement ridiculisées.
Or, nous sommes en même temps à l'aube d'une conscience de non-dualité... où corps, coeur et conscience sont perçus comme un. Cette nouvelle conscience suppose l'aspect multidimensionnel de la vie selon laquelle tout est interdépendant; la paix intérieure et extérieure, la santé et la conscience sont ici dans une profonde relation mutuelle. Ceci nous permet de voir nos problèmes physiques et psychosomatiques comme étant nos cris du coeur... Le coeur devient en fait le moteur de toute guérison et transformation.
Par compte le coeur nous permet de prendre contact avec notre intelligence profonde, notre intuition et il est aussi la clé pour ouvrir la porte de la synchronicité avec l'autre. En donnant la place à un enseignement clair sur le sujet du coeur, on donne une chance à cette intelligence incroyablement profonde et étonnante d'émerger et de s'actualiser.
Le coeur et le toucher
Le coeur a différentes façons de s'exprimer et le toucher est l'une des plus importantes tant dans la vie de tous les jours que dans le contexte de la thérapie. Quand on dit : « je me sens touché » on souligne l'importance du toucher.
J'ai bien aimé une remarque que le psychanalyste Guy Corneau a faite sur ce sujet dans un de ses livres : « La sexualité a été libérée, mais nous devons encore libérer le toucher, se prendre, et toutes les autres formes d'affection physique entre femmes, entre hommes, entre femmes et hommes, et entre parents et enfants. Nous devons créer un monde qui est moins divisé sexuellement, un monde dans lequel la douceur, la sensualité, et le plaisir partagé du désir mutuel sont tous acceptés et bienvenus. »(1) Voila comment Guy Corneau met au point plusieurs aspects reliés au toucher : le toucher est encore en prison, doit être libéré, libéré d`une lourde conscience collective qui relie le toucher à la sexualité ou à l'homosexualité. Mais si on y regarde de plus près, le toucher peut être une expression profonde de l'amour, cela signifie que le coeur est encore en prison!
Dans un groupe d'hommes, j'ai demandé : « Qui ne se sent pas suffisamment touché ? « Vingt-neuf hommes sur trente ont levé la main. Ces hommes ont dit qu'ils avaient peur d'être jugés et vus comme homosexuels s'ils touchent d'autres hommes. J'ai fait la même constatation partout où j'ai posé la question. Les tabous et les conditionnements autour du toucher sont énormes. En même temps, il y a une énorme soif d'affection, d'amour et de douceur dans notre société. En occident, cette partie du monde active et tournée vers l'extérieur, nous avons parfaitement appris à nous mettre en contact avec nos qualités Yang, et à utiliser nos mains pour prendre, donner, tenir, frapper, serrer.
Les mains et les bras sont des outils. C'est une énergie créative puissante. Cependant, nous sommes limités quand il s'agit de nous brancher avec nos qualités plus réceptives, de toucher, de caresser, de se sentir vulnérable, et de notre capacité à recevoir.
Il est probable que la plupart de nos intoxications proviennent du besoin non satisfait d'être aimé et d'être touché. Non seulement les drogues dites « dures », mais aussi l'alcool, la cigarette, le sucre, le café, la télévision, la consommation compulsive, ou n'importe lesquelles de nos accoutumances, ont un rapport avec ce sentiment de manque, de séparation et d'abandon. Pensez juste à des moments de détresse dans votre vie où une caresse, ou encore le support d'une main sur votre épaule fut absent, et vous avez bu ou recommencé à fumer. Il est essentiel pour nous de se rappeler et de développer les qualités Yin de réceptivité et d'intuition. Pratiquer le toucher est une façon de développer cette capacité d'ouverture vis à vis du corps et de l'esprit d'une autre personne et de soi-même.
La présence est nécessaire
Si l'on ramène cette connaissance dans le contexte de la thérapie psychocorporelle, on peut avancer ce qui suit. En thérapie psychocorporelle on travaille d'une part le relâchement des muscles d'une personne, et d'autre part, c'est la présence du thérapeute et la façon dont il touche, qui stimulent les pouvoirs auto guérisseurs du coeur du client.
Quand nous touchons l'autre personne d'une façon qui la rejoint, cela veut dire que nous sommes ouverts à la présence acceptante de nos coeurs. Et cette présence permet à l'autre d'accueillir et de regarder à travers ou de laisser aller des murs de méfiance et de peur. Au moment même où nous sentons l'espace intérieur de l'autre, nous nous mettons en contact avec notre propre amour, l'espace de Shen, notre esprit intérieur, notre passion amoureuse pour la vie.
Le toucher relève de la présence, et non pas de faire quelque chose à, ou sur quelqu'un. Cela peut être bénéfique de toucher de façon « instruite », mais ce qui est plus important est de toucher de façon compréhensive. Comme le dit Osho Rajneesh : « La compréhension est l'intelligence qui va en profondeur... Le savoir est l'intelligence qui va en s'élargissant; c'est quantitatif. » (2) Nous pouvons mesurer le savoir, mais pas la compréhension ou la profondeur du toucher et du coeur, parce que c'est une qualité. Le savoir vient du mental, la connaissance vient du coeur; et cette connaissance est souvent un espace absolu de non-connaissance de non savoir; une capacité d'être présent et de rester dans cette présence.
Ceci me rappelle une expérience personnelle lors d'une séance de thérapie au cours de laquelle je me mis à souffrir subitement à la tête du côté gauche. J'avais bien trois ou quatre fois par an une forte migraine, mais je n'avais jamais eu une telle douleur. C'était devenu insupportable. J'avais l'impression que ma tête allait exploser. Ni le thérapeute, ni moi ne savions quoi faire, mais nous sommes restés tous les deux dans cette expérience de présence et de « non-faire ». Je criais quelque chose comme : « Qu'est-ce que c'est ? » Et c'est alors que j'ai senti ce que je n'avais jamais senti auparavant - la peur de la mort - et je me suis souvenu d'un accident d'auto survenu quand j'avais dix ans. J'étais resté inconscient pendant un certain temps et j'ai passé deux semaines à l'hôpital. À mesure que le souvenir de cette expérience remontait, mon corps tremblait et j'étais trempé de sueur. J'ai dépassé cette frayeur, et la douleur a subitement disparu. Depuis, je n'ai jamais eu ces maux de tête. C'est une expérience personnelle et frappante, de guérison mais je peux vous assurer que des choses semblables se sont souvent produites dans ma pratique.
Le toucher est guérissant
Presque tout le monde aime être touché, mais cela est plus qu'un plaisir ou qu'un luxe. Nous savons tous à quel point il est agréable et réconfortant d'être dans les bras d'un ami. Être touché est un besoin essentiel et existentiel pour le bien-être, la santé et la survie même.
Dans toutes les civilisations anciennes le toucher a joué un rôle important dans la guérison. On a commencé à utiliser des chiens dans les hôpitaux - la zoothérapie- auprès des patients et du personnel. Depuis le 13e siècle, suite aux expériences de l'empereur allemand Frédéric II, il est connu que les bébés peuvent mourir s'ils ne sont pas touchés. René Spitz a documenté le fait que durant la dernière guerre mondiale de jeunes enfants sont devenus autistes ou sont décédés suite à des carences affectives physiques.
Au Touch Institute de Miami des bébés prématurés ont reçu trois massages attentionnés chaque jour pendant dix jours. Ces bébés ont gagné du poids, 47% plus rapidement que les bébés n'ayant pas reçu de massage. Ainsi, ils ont quitté l'hôpital six jours plus tôt permettant des économies de $10,000 par enfant. Ce sont des chiffres étonnants. (3) Ce qui est possible pour des bébés l'est aussi pour des adultes. Des patients qui étaient sous surveillance continuelle à l'unité des soins intensifs d'un hôpital à cause de battements de coeur irréguliers ont connu une régulation significative du rythme cardiaque, simplement parce qu'ils avaient été touchés lorsqu'on prenait leur pouls. Chez certains patients ce simple toucher a réussi à supprimer complètement les battements irréguliers ! Dans son livre livre « Love and Survival » Dean Ornish constate que « des centaines d'études démontrent la valeur et le pouvoir guérissant du toucher. » (4) Il est temps de prendre très au sérieux les applications possibles du toucher, du massage, de la thérapie psychocorporelle dans les domaines de la santé et de l'éducation. Les professionnels de la santé, les fonctionnaires et les gouvernements dans leur effort désespéré pour réaliser des économies doivent jeter un coup d'oeil dans cette direction et agir pour mettre ces découvertes en application dans les hôpitaux et autres institutions de soins, ainsi que dans le système de l'éducation! Il faut prendre la zoothérapie au sérieux. Les patients quitteront l'hôpital plus tôt et en meilleure santé réduisant des coûts importants à long terme.
Le coeur est un guérisseur
Nous devons être conscients à chaque toucher aimant, que quelque chose d'essentiel est en train de se passer simplement grâce à ce geste. Quelque chose de très subtil, que souvent nous ne reconnaissons pas, mais qui est d'une extrême importance, soit la transmission de l'énergie du coeur. L'énergie de mon coeur vibre, résonne avec celle de l'autre personne, l'aidant à se réaligner elle-même.
C'est la merveilleuse capacité de notre coeur à guérir! Notre coeur n'a pas uniquement la capacité physique de pomper le sang, il est d'abord une présence énergétique magnifique d'où rayonne une énergie et une conscience capables de guérir les blessures émotionnelles, aussi bien que les maladies physiques, et de construire des ponts entre les êtres humains et les nations.
Et enfin, la science prouve de différentes façons que le coeur est le plus grand guérisseur!
C'est surtout grâce à Dean Ornish, médecin et scientifique connu mondialement et reconnu pour son programme visant à renverser les maladies cardiaques, que nous avons pour la première fois un livre (5) qui présente de multiples études scientifiques réunissant des centaines de milliers de personnes, et apportant des preuves d'une façon impressionnante, du pouvoir guérissant de l'amour et de l'intimité chez des femmes ayant un cancer du sein, des patients atteints de mélanomes, des patients ayant une maladie cardiaque, des bébés prématurés, etc..
Suite à toutes ses recherches, Dean Ornish affirme ce qui suit : « Si un nouveau médicament avait le même impact (que l'amour), tous les médecins au pays le recommanderaient. Ce serait une faute professionnelle de ne pas le prescrire . » Et il ajoute : « Et pourtant à quelques exceptions près, nous, médecins, n'apprenons pas grand chose en ce qui concerne le pouvoir guérissant de l'amour et de l'intimité. Au contraire ces idées sont souvent ignorées ou même discréditées ». (6)
Et pourtant ce qui semble si fragile et si peu reconnu, c'est-à-dire les énergies de notre coeur, constituent le plus grand pouvoir guérissant! Nous sommes allés sur la lune, nous faisons le tour du monde grâce à Internet, mais nous comprenons si peu de notre monde intérieur et des pouvoirs guérissant de notre coeur que nous en payons le prix.
Le coeur et la conscience
Nous avons besoin d'une toute nouvelle et profonde compréhension des pouvoirs guérissant de notre coeur et de son influence sur notre état de conscience. En étant en contact avec notre coeur nous passons d'un état psychologique de séparation et d'isolement, à un état d'amitié, de considération et de paix. C'est une question qui cible non seulement le plan personnel, mais aussi le plan collective. Du point de vue de la conscience du coeur, il n'existe pas de frontière...
Les limites de notre système d'éducation, un système de santé en mauvais état, les problèmes cardiaques, les guerres et crises présentes dont souffre la population, nous poussent aux limites de nos vieilles connaissances et de nos esprits parfois pétrifiés. Or, ceci nous ouvre les portes d'une réalité complètement différente; la réalité énergétique de la conscience du coeur, une conscience qui nous fait passer d'un état de séparation et de souffrance à un état de non-dualité, de compréhension et d'amitié. Ceci n'a rien à voir avec les croyances, la moralité ou l'esprit Nouvel Âge; c'est une réalité existentielle que nous avons en nous. Il y a plusieurs millénaires Bouddha disait déjà : 'La loi ultime de la vie, est que c'est au moment où l'on disparaît que l'on trouve notre être profond.'
J'aimerais terminer par une note poétique sur l'intelligence du coeur, du grand mystique Osho : « L'ego devient ostentatoire avec un grand savoir, des écritures, des systèmes de pensée, mais cela ne vous rend pas innocent, cela ne vous donne pas cette qualité d'ouverture à la confiance, à l'amour, à la gaieté... On nous enseigne à être plein de savoir; on ne nous enseigne pas à être innocent, à sentir le merveilleux de l'existence. On nous apprend le nom des fleurs, mais pas comment danser autour d'elles...On ne nous apprend pas à communier avec les arbres, à être en accord avec l'existence. »(7) Certains disent que nous sommes seulement à l'orée de la naissance de la conscience humaine. Je suis d'accord. Il nous reste encore un long chemin à parcourir avant de reconnaître que nous ne sommes pas en train de chanter notre petite chanson tout seul, mais que nous sommes en harmonie avec la planète et toute l'existence.
... A suivre le mois prochain.
(1) Guy Corneau, Absent Fathers, Lost Sons, Shambala, Boston et London, p.106
(2) Osho, Tao : The Three Treasures, Rajneesh Foundation, Poona, 411001, India, 1975, p.126
(3) Dean Ornish, Love and Survival, Harper and Collins, New-York, 1997, voir p.140
(4) Dean Ornish, 1997, p.140
(5) Dean Ornish, Love and Survival, Harper and Collins, New-York, 1997 (6) Dean Ornish, 1997, p.3
(7) Osho, The Book of the Books, Rajneesh Foundation, Poona, 411001, India, 1975, pp. 273-274
Les épaules et notre capacité à faire face à la vie
Par Ulrich Freitag
Dans le premier article de la série, nous avons abordé le thème de l'intelligence du coeur et du toucher.
Le deuxième article avec le thème » Les épaules et notre capacité à faire face à la vie » nous permet de voir d`autres aspects de la thérapie psychocorporelle :
- les méridiens de la médecine chinoise et leurs liens avec nos émotions
- l'armure musculaire reliée à l'approche segmentaire de la thérapie néo-reichienne.
Plusieurs méridiens parcourent le segment des épaules, mais le méridien Vésicule Biliaire est particulièrement important compte tenu des responsabilités excessives que nous prenons souvent sur nos épaules. Le méridien Vésicule Biliaire est relié à l'élément Bois -appelé Hun-. L'aspect psychique associé est en rapport avec notre capacité à répondre de façon appropriée aux évènements de la vie. « Une déficience de l'énergie Hun peut se manifester par un sentiment d'impuissance; un excès, par des sentiments agressifs. Dans ce cas comme dans l'autre, il est difficile de répondre adéquatement » (1). L'équilibre se trouve par l 'affirmation de soi, ce qui signifie prendre sa place et s'y tenir. Les tensions dans les épaules peuvent résulter de conflits entre l'affirmation de soi et un autocontrôle excessif.
Les tensions dans les épaules peuvent se produire aussi quand nous tentons d'arrêter le mouvement de la vie, ou de nos sentiments. Nous perdons alors notre capacité à répondre aux plaisirs. Comme le dit Wilhelm Reich : « Le plaisir refusé se transforme en rage, et la rage refoulée se transforme en spasmes musculaires » (2). La vie incitant au plaisir, au « oui », est coupée et remplacée par une attitude « non-non », qui se manifeste par une armure musculaire et une absence de contact psychique.
Les diverses positions des épaules montrent les différentes attitudes psychologiques. Des épaules voûtées indiquent la peur d'être blessé et la vulnérabilité. Des épaules rondes et voûtées montrent une personne accablée par la vie, ou prenant plus de responsabilités qu'elle ne peut en assumer. Des épaules remontées et arquées sont souvent rigides et indiquent une incapacité à se libérer de la peur. Des épaules remontées montrent la peur, le refoulement de la peur et la colère qui y est rattachée. Des épaules rétractées et tirées en arrière montrent quelqu'un retenant ses émotions et restreignant son mouvement vers le monde, comme pour ne pas perdre son sang froid.
Quand une personne est en colère, elle sent une puissante vague d'énergie. L'émotion yang de la colère est associée au méridien du Foie, et son énergie ascendante amène cette puissante vague d'énergie vers les épaules, le cou et le haut des bras où elle se concentre tout particulièrement dans les points # 20, 21 de la Vésicule Biliaire. Une partie de la réaction de colère est constituée par une poussée d'adrénaline, ce qui engendre une accélération des rythmes cardiaque et respiratoire et les muscles volontaires reçoivent davantage d'énergie grâce au glycogène libéré par le foie. En même temps, un besoin puissant d'exprimer verbalement ou physiquement cette colère apparaît. Quand la colère est réprimée, l'énergie se concentre dans le haut des bras, dans les épaules et le cou et y reste piégée.
Cela me rappelle une femme qui considérait que « la vie est un combat ». Au cours d'une séance de thérapie psychocorporelle elle a commencé à s'affirmer verbalement et à donner fortement des coups avec ses bras et ses épaules. Ces mouvements ont relâché la colère bloquée et l'ont aidée considérablement à se sentir plus calme et en paix. Elle a compris ce que signifiait prendre sa place. Après quelques semaines, elle pouvait encore constater les bienfaits physiques et combien il était important pour elle de laisser aller le mouvement, la voix et les émotions comme ils venaient.
Les deux autres méridiens qui sont très importants pour la région des épaules sont l'Intestin Grêle et le Triple Réchauffeur. Leurs fonctions traditionnelles sont l'assimilation et la transformation de l'énergie. Ils sont tous les deux aussi en relation psychologique avec le monde extérieur. Le Triple Réchauffeur est en rapport avec les relations sociales, l'Intestin Grêle avec l'assimilation des évènements psychologiques. Comme ces deux méridiens sont directement reliés au Shen -au coeur-, leur relâchement dans la zone épaule-bras amène normalement une profonde relaxation du corps et de l'esprit.
Selon la médecine chinoise, la plupart des problèmes d'épaules relèvent d`un blocage énergétique. Quand les gens sont fatigués ou épuisés, les manifestations extérieures comme le vent, le froid, l'humidité, peuvent pénétrer facilement. Quand ils s'attaquent aux épaules, ils obstruent la circulation du Qi et du sang dans les canaux, interrompant les fonctions des muscles qui y sont reliés. Comme nous l'avons vu, des blocages d'énergie proviennent aussi de sources internes, comme une forte émotion, provoquant une douleur dans les épaules. L'acupression et le massage profond dans la thérapie psychocorporelle sont particulièrement utiles lors de contractions et de douleur dans la partie antérieure de l'épaule, ainsi qu'en cas de périarthrite de la ceinture scapulaire et de bursite.
En médecine chinoise, le mot PEI est employé pour indiquer tous les malaises caractérisés par une douleur ou - en d'autres termes - par les obstructions énergétiques. Une épaule bloquée -indépendamment de l'origine externe ou interne- est un manque de yang et un excès de yin. Des énergies néfastes, comme l'humidité ou le froid, peuvent pénétrer lorsqu'il y a un manque de yang. Comme le yang est trop faible pour faire circuler le yin, le yin devient de plus en plus concentré et immobile, jusqu'à ce que, à l'extrême, le froid et l'humidité dans la zone de l'épaule menacent finalement d'immobiliser complètement l'épaule.
Devenir conscient signifie à ce moment là être à l'écoute des premiers symptômes et agir de façon appropriée : par exemple, se protéger des éléments extérieurs néfastes avec des vêtements chauds, se réchauffer le corps dans un sauna ou au soleil, se laisser aller à exprimer les émotions refoulées, réexaminer notre vie et nos réactions face aux situations stressantes ou simplement recevoir une séance en Thérapie Psychocorporelle. Les Taoïstes disent que la maladie s'en va quand on est en contact avec notre nature profonde et que la santé, c'est « retrouver le chemin de chez soi ».
(1)Teeguarden, Iona Marsaa, The Joy of Feeling : Bodymind Acupressure, Japan Publications, Inc., Tokyo et New York, p. 73
(2) Reich, Wilhelm, Character Analysis, 1945, 1990, The Noonday Press, N.Y., p. 389